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Soffio d'Italia

05.11.2016 > 26.02.2017

Soffio d'Italia
Soffio d’Italia - Sept céramistes dans les collections de Keramis. Keramis possède une vaste collection de faïences traditionnelles fabriquées à La Louvière ainsi qu’une collection inédite de céramiques d’artistes actifs depuis les années d’après-guerre jusqu’à nos jours. Parmi les créateurs exposés, le visiteur attentif remarquera une proportion significative de noms à consonance italienne.
A l’occasion de la commémoration du 70e anniversaire de l’Accord du Charbon entre la Belgique et l’Italie, Keramis a choisi de les rassembler au sein d’une exposition mettant en lumière cette diaspora italienne de la céramique. Cette sélection illustre une dimension profondément humaine de l’expression artistique tout en donnant à voir un ensemble artistique de premier plan.

 

Artistes

1)   Claude Aïello

Né à Patti Marina en 1951, vit et travaille à Vallauris.

Célèbre pour ses nombreuses collaborations avec des designers, Calogero Aïello est l’aîné d’une famille de potiers originaires de Patti Marina en Sicile. Ses parents et leurs six enfants, s’installent dans la ville de Vallauris en 1964. Calogero est alors âgé de 13 ans. Dès les premiers jours d’école, l’instituteur préfère le prénom Claude à celui de Calogero. Moins d’un an plus tard, il entre en apprentissage, suivant les traces de son père et de la plupart de ses frères et sœurs. Il travaille d’abord comme ouvrier, au coulage, dans un atelier de Vallauris. Attiré par la pratique du tour, au contact d’autres tourneurs, il apprendra patiemment la difficile maîtrise et les astuces du métier. Aujourd’hui, il est un des derniers tourneurs de Vallauris et l’un des plus brillants de la planète. Son talent fut révélé en 1998 lorsque le Ministère de la Culture lança un programme visant à réactiver l’artisanat local par des collaborations entre ateliers locaux et designers. Claude Aïello rencontre alors Ronan Bouroullec. Cette première collaboration va en déclencher de nombreuses autres, tout aussi prestigieuses, avec notamment Fréderic Ruyant, Florence Doleac (Radi Designers), les Frères Campana, le groupe des 5.5 ou Mathieu Lehanneur avec lequel il remporte le Prix de l’intelligence de la main.  Plusieurs pièces de Claude Aïello sont entrées dans les collections de Keramis : le Vase Toupille (2005) et la série de 3 hautes amphores (2007), dessinés par Nicolas Bovesse ; le Vase « Dervish » de Christian Ghion (2010) ; le broc « Aquafix » (2002) de Frederic Ruyant et le soliflore « Fleurette » (2003) de Florence Doleac. Ces quelques pièces révèlent l’alliance entre la créativité des designers et l’immense savoir-faire de Claude Aïello. Une réelle alchimie qui ne serait rien sans la modestie et la capacité d’écoute du maître artisan.

2)   Marc Alberghina

Né à Laval en 1959, vit et travaille à Vallauris.

Marc Alberghina vit et travaille à Vallauris. Dès les années d’après-guerre, son père, entrepreneur en maçonnerie, quitte Caltagirone en Sicile pour Vallauris.  Marc est d’emblée attiré par la céramique. Il suit d’abord les cours du Lycée technique Jules Ferry à Cannes mais la filière d’apprentissage lui convient davantage. Il apprend le tournage à l’usine Fady de Vallauris. Entre 1977 et  2002, il travaille dans différents ateliers. A la suite de la disparition de ce secteur industriel, Marc Alberghina consacre du temps à ses propres créations. Lors de la Biennale de Vallauris en 2010, il se fait remarquer avec l’œuvre « L’usine », aujourd’hui dans les collections de La Piscine de Roubaix. L’artisan, devenu plasticien à part entière, est l’auteur d’une céramique de grande valeur expérimentale et conceptuelle.  Pour l’ouverture de Keramis, l’artiste a créé Auto Combustion, une œuvre imaginée pour l’intérieur du four-bouteille n°2. Elle évoque une croyance - rejetée par la communauté scientifique - selon laquelle certains corps humains s’enflammeraient spontanément ou se consumeraient de l’intérieur. Si l’œuvre fait autant référence à la science-fiction qu’au syndrome d’épuisement professionnel, dit burn out, elle nous parle aussi de la passion, tantôt créatrice, tantôt destructrice. Le désir est un thème central de l’œuvre de cet artiste. Il en exploite régulièrement les ambivalences. Ses trois « langues » (dépôt de longue durée à Keramis) procurent  une gamme d’émotions allant du dégout au désir sexuel. Leur titre est évocateur - Canis Lingua -, qu’on peut traduire littéralement  par langue de chien, voire « langue de pute », référence implicite à la complexité des rapports humains. Marc Alberghina puise ici dans les références à l’histoire artistique de sa cité. Il reprend des modèles de plats et, surtout, une gamme d’émaux utilisés pour décorer des panoplies de céramiques kitsch aux couleurs criardes (lampes de chevet, appliques, plats muraux, pichets…) produites pour le tourisme de masse des Trente glorieuses.

 

3)   Jorge De Barelli

Vit et travaille à Saint-Josse-ten-Noode

Aujourd’hui stucateur et staffeur de grand talent installé à Bruxelles, Jorge Be Barelli a étudié la céramique à l’Ecole supérieure artistique Le 75 ( Woluwé-Saint-Lambert), l’année même de son installation en Belgique. Venu d’Argentine, il appartient à une vieille famille italienne ayant émigré dans ce pays d’Amérique latine à la fin du XIXe siècle.

Les trois vases exposés sont entrés dans les collections de la Communauté française en 1980. Ils nous apparaissent tels des rochers. Pourtant, ils sont d’une extrême légèreté. L’artiste utilise une vieille technique japonaise consistant à mélanger des argiles à grès et de la chamotte. Le travail est réalisé au colombin et les couleurs sont obtenues à partir d’émaux de cendres.

 

4)   Jacques Iezzi

Né à Morlanwelz en 1958 où il vit et travaille.

Les œuvres de Jacques Iezzi présentées  ici datent de 1988 et relèvent d’une forme d’hyperréalisme influencé par son professeur Marc Feulien dont il fréquenta les cours à l’Académie des Beaux-Arts de Charleroi. Le titre de ces œuvres est évocateur : « Carottage site». Jacques Iezzi nous donne l’illusion de prélever  des fragments de salles de bain. Par leur format, les œuvres en grès émaillé sont proches des objets représentés,  l’illusion est parfaite !

Par la suite, l’artiste a évolué vers des travaux plus construits découlant d’une réflexion sur le coffrage suivi du coulage du béton qui s’apparente au moulage. Il utilise pour ce faire des terres réfractaires qui lui permettent de façonner des boîtes aux volumes géométriques simples : sphères, cylindres, parallélépipèdes, tores, cônes… Il modifie les fragments de ces formes premières pour créer des creusets  dans lesquels il love des formes plus délicates en papier porcelaine.

5)   Antonio Lampecco

Né à Minuciciano en 1932. Vit et travaille à Maredret.

La famille d’Antonio Lampecco est originaire de Bassano del Grappa. C’est à Mason, près de Marostica (Vicence), qu’il apprend très jeune les rudiments du métier. « Domine la matière, si elle te domine, tu ne pourras rien en faire » lui dit son premier patron. Son père, Ignio, tailleur de marbre de Carrare s’installe à Lessines en 1949 dans une carrière de pierre bleue. Il est rejoint par sa famille deux ans plus tard. Antonio Lampecco travaille d’abord dans une poterie de Rebaix puis à la Céramique de Dour en 1951. Lorsque la famille déménage dans le namurois, il trouve un emploi à la poterie de l’abbaye de Maredsous. En 1957, il s’installe à Maredret et y développe une poterie originale, réflexion de designer sur l’alliance du beau et de l’utile, et des contenants pleinement sculpturaux. Vers 1978-79, il développe une gamme d’émaux à effets de cristallisation par adjonction de zinc. Celle-ci, posée sur des formes organiques souvent sphériques, devient en quelque sorte la signature d’Antonio Lampecco. Aujourd’hui, malgré son âge, l’artiste continue ses recherches. Il est aidé à l’abbaye de Maredsous par son fils Thierry.

6)   Mirko Orlandini

Né à Ancona en 1928, décédé à Bruxelles en 1995.

Mirko Orlandini est probablement l’un des céramistes belges les plus marquants de sa génération. Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Ravennes, ensuite à l’Ecole des Arts et Métiers d’Etterbeek et à l’Académie des Beaux-Arts de Charleroi, Mirko Orlandini est l’un des grands praticiens belges d’une certaine céramique dite de « l’émail ». La collection de Keramis compte une cinquantaine de pièces déposées par la Communauté française. Cet ensemble montre le génie créatif et l’énorme savoir-faire de l’artiste aussi à l’aise dans le contenant que dans la sculpture. L’artiste a été primé à deux reprises au concours de Faenza. En 1978, il est un des rares belges à y avoir décroché le Grand Prix. Les boules en grès de Westerwald présentées ici témoignent de son audace dans la confection d’émaux complexes : blanc siliceux, « tenmoku », « fourrures de lièvre », cuits au four à gaz en réduction entre 1260 et 1280 C°.

7)   Antonino Spoto

Né à Haine-Saint-Paul en 1953, vit et travaille à Mont-sur-Marchienne.

D’une famille originaire d’Aragona en Sicile, Antonino Spoto est né en Belgique où il a d’abord fait des études de médecine. Entre 1995, il s’inscrit à l'Académie des Beaux-Arts de Charleroi dans le but de pratiquer une activité artistique récréative. Au contact de l’exceptionnel trio d’enseignants composé de Marc Feulien, Jean-Claude Legrand et Christian Mazy, il trouve dans la céramique une seconde vocation qu’il pratique actuellement, tout comme la médecine, avec virtuosité.

C’est auprès de son compatriote, le céramiste de Maredret, Antonio Lampecco, qu’il découvre les subtilités du tournage. Les formes d’Antonino Spoto sont tournées ou (plus rarement) estampées avec une perfection absolue. Partant de formes simples (le cône, la sphère), il en varie les galbes et par là même l'expression. Il referme parfois ses volumes à l’aide de surfaces lenticulaires, concaves ou convexes, également tournées, qui soulignent l’expression intérieure des volumes. C’est le cas de cette grande sphère orange percée d’une ouverture, ici un trou noir, captivant et mélancolique comme le regard de l'artiste. Ce dispositif simple, fenêtre sur le néant, zone d'une infinie profondeur, est la région obscure au centre du territoire lumineux où triomphe l'optimisme. Pour l’exposition, Antonino Spoto a créé des plaques au décor figuratif évoquant l’immigration.