Gisèle Buthod-Garçon. Biographie

Gisèle Buthod-Garçon. La terre, simplement


Biographie

 

Originaire des Alpes savoyardes, Gisèle Buthod-Garçon grandit dans une ferme près de Salon-de-Provence et vit depuis 1985 dans le Gard, au sud de la France, dans puis à distance du petit village de Saint-Quentin-la-Poterie. Le travail de la glaise s’impose à elle en 1976, au retour d’un séjour au Sénégal. Ce lien à l’Afrique palpite encore. Le sens du sacré opère toujours. Gisèle et Jean-Paul Rivault, son complice de vie, ne peuvent longtemps s’en passer. Gisèle Buthod-Garçon est une artiste autodidacte. Certes, elle apprit les rudiments de la poterie dans divers ateliers individuels et la gestuelle du tournage en usine, mais sitôt ces savoir-faire acquis, elle s’isola et puisa en elle la ressource et l’imaginaire.

Ce sont toujours la terre et le feu qui font le céramiste. La terre, « être dedans, être avec... »[1], invoque Gisèle Buthod-Garçon. Pas n’importe laquelle, une terre rugueuse sous la main, très chamottée, qui a à dire. La cuisson se fait au bois jusqu’en 1986, puis au gaz. Lui succède un enfumage à chaud. Une sorte de raku personnalisé, héritier des cuissons sauvages venues de l’Amérique des années 70 et porteur d’un immense sentiment de liberté. « Il m’arrive de m’interroger sur le fait de continuer obstinément à utiliser la technique du raku alors que l’enfumage devient parfois à peine visible... Le raku répond à une nécessité violente. La pièce pour être terminée, a besoin de cette ultime étape de l’enfumage. Cela implique un engagement total pendant la cuisson et au sortir du four. Il s’agit d’un corps-à-corps violent, rude, total. Il ne peut pas en être autrement. »[2]

Un bol, une coupe, une vasque, une jarre... n’est pas autre chose qu’une construction autour du vide. Jacqueline Lerat et les pionniers de La Borne (département du Cher, France) ne disaient pas autre chose dans les années 40. Entre 1982 et 1990, Gisèle Buthod-Garçon a généré beaucoup de formes à connotation fonctionnelle sans jamais imaginer qu’elles puissent en avoir réellement une. Se décréter sculpteur revient à ignorer cette question. L’intérêt va aux rondeurs, aux pans, aux cambrures, aux saillies, aux incisions et à l’harmonie générale. Il se porte ensuite sur les effets de surface, les scarifications, la sècheresse de la terre nue, les blessures nées de plaques délibérément disjointes, les bosselages et bien sûr l’émail, cette matière-couleur dont les transparences et le gras sont si obstinément convoités par la céramiste.

A partir de 2006, Gisèle Buthod-Garçon clôt plus nettement ses formes. Sans jamais basculer dans le principe de l’installation qui lui reste très étranger, elle conçoit aussi de rapprocher ses pièces les unes des autres au profit d’une accumulation ouvrante. Certaines se présentent à deux (Connivences, 2010), d’autres en ensembles modulables (Arbres, 2017).  Aux mêmes dates, une figuration très allusive, une figuration de l’à-peine, fait son apparition. BienveillantsSentinelles et Têtus nous reviennent de la nuit des temps. Ils évoquent l’Egypte ancienne, les Cyclades ou Filitosa. Pour autant, l’image issue d’un quelconque réel ne l’intéresse pas. Ce que l’artiste vise, c’est l’émotion et le vivant !

Gisèle Buthod-Garçon sait aussi s’engager dans les questions de société. Pourquoi elles ? , une pièce monumentale de 2007 acquise par le Musée de la Piscine (Roubaix, France) à l’issue de l’exposition de 2013, s’invite dans le débat sur la question du genre et s’insurge contre l’effacement orchestré des petites filles en plusieurs régions du monde. Chez elle, la révolte n’est pas synonyme de violence, pas plus que la douceur n’est l’expression de la faiblesse.

Depuis toujours la présence de Gisèle Buthod-Garçon m’impressionne. Port altier, épaules larges, regard droit, plastique sculpturale, distanciation naturelle, douceur protectrice, sourire flou... je vois en elle une idole primitive. Envahie de nature, elle en respecte le rythme, les couleurs, les richesses géologiques et végétales, la faune. Elle prélève humblement et rétrocède en magnifiant, silencieusement, simplement. Je vois son art comme une offrande païenne.

Stéphanie Le Follic-Hadida


[1] Cat expo. Galerie de l’Ancienne Poste, Toucy, 2017, entretien avec S. Le Follic-Hadida, p.6.

[2] Ibid.