Démarche du commissaire d'exposition

Gisèle Buthod-Garçon. La terre, simplement


Démarche du commissaire d'exposition

 

Certain d’avoir rencontré un œuvre, Ludovic Recchia, directeur du Centre Keramis – La Louvière, a choisi d’exposer le travail de la céramiste française Gisèle Buthod-Garçon et d’en confier l’orchestration à un commissaire extérieur. Avec près de 85 pièces issues de collections publiques et privées, cette exposition est la plus importante jamais dédiée à cette artiste de renom international.

Trente-cinq ans de carrière sont ainsi relatés. Trente-cinq ans d’un cheminement incroyablement sincère et d’une implication totale. La lecture de l’ensemble est d’une extrême limpidité, d’une extrême évidence, au point que le regardeur peine à isoler la terre, les matières, le feu de leur auteur. Matière parmi les matières, élément parmi les éléments, son ombre douce et accueillante plane au-dessus des pièces et distille une certaine magie à l’ensemble.

Le fait de pouvoir réunir en un lieu autant d’œuvres permet une lecture chronologique jusque-là impossible. Il nous a paru non seulement incontournable mais aussi instructif de relayer cette présentation auprès du public. Ainsi, ce dernier comprendra de quelle manière une céramiste, plutôt autodidacte, décide progressivement de clore la forme pour l’amener sur la voie de la sculpture. Il percevra le rôle déterminant du vide dans l’élaboration de la forme. Il lira l’engagement corporel dans la manière qu’a l’artiste de mener une cuisson. Il se laissera séduire par la « succulence à la fois charnue, terreuse et nocturne »[1] d’un émail gras. Il verra la nécessité d’une terre très chamottée et nue, juste brûlée, pour qu’aux jointures des plaques montées, naissent des fragilités. Il sera surpris, peut-être, par la figuration allusive née ces dernières années, par l’aptitude de l’artiste à traduire des états relevant du fugace éternel (bruit de mer, nuages...) et à prêter corps aux sensations (quiétude, sérénité...). Les pièces seront là pour en témoigner.

Si la juste appréhension du chemin arpenté par Gisèle Buthod-Garçon depuis 1982 passe par l’établissement d’une chronologie rigoureuse, il apparaît simultanément que certains de ses élans, de ses choix ou de ses obstinations nécessitent une exploration thématique approfondie. C’est le cas de ses cuissons dites ‘raku’ mais s’apparentant plus aux procédés sauvages venus de l’Amérique des 70’s. Sans doute conviendra-t-il aussi d’expliquer l’abandon du tournage, d’apprécier la dualité terre nue/terre émaillée qui – par ses allers et retours incessants – sous tend trente années d’intense renouvellement. Sans oublier, bien sûr, l’évocation du rôle majeur joué par Gisèle Buthod-Garçon dans la concrétisation et le suivi du Festival Terralha de Saint-Quentin-la-Poterie, haut-lieu céramique du Gard, en France. Ces entrées choisies seront synthétisées sous la forme de panneaux pédagogiques qui jalonneront l’exposition.

Le propos curatorial résulte d’un travail d’équipe et de l’écoute sensible de chacun, des acteurs du Centre Keramis comme des freelances associés au projet. A ce titre, une courte vidéo muette et pénétrante, réalisée pour l’occasion par Virgile Loyer, accompagnera l’exposition. Elle livrera un inhabituel portrait de Gisèle Buthod-Garçon, strictement sensoriel, purement poétique.

Une carte blanche sera aussi laissée à Anthony Girardi, photographe en charge des prises de vue nécessaires à l’édition du catalogue qui accompagnera l’exposition (éd. Prisme). Ses clichés ne manqueront pas de prolonger l’écho des œuvres de Gisèle Buthod-Garçon et d’ouvrir des perspectives.

Enfin, l’exposition bénéficiera d’une assistance scénographique (Ateliers Christian de Beaumont) et d’une mise en éclairage professionnelle (Anthony Perot). Sans omettre leur devoir de pédagogie, le Centre Keramis – La Louvière et le commissaire associé n’ont ici d’autre objectif que de saluer l’œuvre accompli et en devenir d’une artiste céramiste dont les pièces tendues et fortes s’apparentent moins à des objets/images qu’à des invitations à arrêter le temps et à s’émouvoir.

 

Stéphanie Le Follic-Hadida

commissaire de l’exposition



[1] Julien GRACQ, Carnets du grand chemin, Corti, 1992, p.225.