Véronique Lequeu expose pour Keramis

Intriguée par la céramique au début des années 2000, Véronique Lequeu s'inscrit à l'Académie des beaux-arts de Tournai. Elle s'y forme tout en développant une approche personnelle de la terre. Vécue comme essentielle, la création se transforme en un jeu subtil de va-et-vient qui trouve écho dans la naissance de formes pures. Une fois maitrisée, la matière laisse place au silence pour aboutir à une évolution de la forme. Dans cette voie, le tour apparait comme le lieu d'une intimité entre l'œuvre et l'individu.

Véronique Lequeu

Silencieux, le travail de Véronique Lequeu se traduit néanmoins par un désir de narration qui s'exprime formellement par l'installation de groupes de pièces. Au sein d'une série, chaque pièce joue un rôle qui lui est propre, l'une trouvant naissance dans l'aboutissement de l'autre : "J'ai voulu réaliser une vague, je voulais qu'elle ait un début, un départ mais pas de fin". Interprétée comme un chorus narratif, une faille se répète sur différentes pièces. Celle-ci lie la composition en apparaissant pour se perdre à l'infini. Elle sinue puis ondule pour assembler les différents éléments en un ensemble continu et cohérent. Imaginée au départ de formes uniques, la composition se transforme en une oeuvre riche de 14 pièces. Entre ondulation et variation, cette recherche pénètre dans l'intime : "C'est notre intérieur, notre intériorité". Tel un voile de douceur, cette oeuvre propose à l'individu de déambuler d'une pièce à l'autre pour partir à la découverte de significations multiples et infinies. Véronique Lequeu s'exprime de la sorte : par une abstraction qui trouve dans la forme la plus simple, un dialogue et un bruit suscité par la continuité.

Véronique Lequeu : céramique contemporaine

Dans le groupe de pièces posées à même le sol, la céramiste expérimente et appréhende de nouvelles techniques. Répondant à ses émotions les plus profondes, elle transforme la terre pour servir un discours matiériste et primitif. La base des formes sont réalisées au tour. Ensuite, elle poursuit avec la technique du colombin pour réaliser une oeuvre complexe, proche de la sculpture. A l'aide d'une superposition de volumes verticaux, cette technique permet un nouveau mode d'expression, une nouvelle étape. Par la confrontation de cinq pièces indépendantes, Véronique Lequeu recherche la naissance des choses: "Mes pièces montrent la complexité de la vie par couches successives". Dans cette optique, l'artiste joue avec le contraste des formes. Elle nous guide vers différentes voies narratives: "Chaque personne peut et doit ressentir une expérience personnelle".

Proposant différents schémas de lecture, ses céramiques sont, simples et complexes à la fois, techniquement parfaite. Plaçant le geste au centre de sa réflexion, l'artiste tente de franchir les limites de son langage plastique. Dès lors, les créations de Véronique Lequeu apparaissent comme le fruit d'une méditation, le souvenir d'un instant privilégié.

Véronique Lequeu expose à Mariemont du 26 novembre 2010 au 9 janvier 2011 dans le cadre de "Jeune céramique en Communauté française".

 

Photographies M. Lechien