Sofie Van Saltbommel s'expose

Diplômée en sculpture de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles et en céramique de l'École des Arts d'Ixelles (professeur Thérèse Lebrun), Sofi Van Saltbommel enseigne depuis 2004 la céramique à l'École des Arts d'Uccle. Ses formes sont clairement « l'expression extérieure d'une réalité intérieure » (W. Kandinsky, l'Almanach du Cavalier bleu, 1911). Ses deux principaux projets, présentés côtes à côtes, sur des autels d'un blanc immaculé, sont à la fois des sculptures et des installations. Deux formes puissantes qui apparaissent comme des corps modifiés, décharnés, mutilés... La première est un corps segmentaire écartelé, revêtu d'un émail noir. La seconde est un corps éclaté couvert imparfaitement d'un émail de couleur chair. Ces écorchés de Sofi Van Saltbommel traduisent l'émotion du corps en transformation, la beauté féminine éphémère... la cruauté du paraître. Le recours de fragments de parure (bas en nylon, fausse fourrure...) brouille toute lecture trop immédiate des matériaux céramiques.

Les corps sont étêtés, informes, douloureux et animé d'une extrême violence. Ni tête, ni main, uniquement des orifices en lèvres, des pinces et des dards. Cette force de suggestion indispose le spectateur. Avec ce pouvoir, les œuvres produisent à la fois l'attirance et la répulsion. Eros et Thanatos cohabitent dans un mélange puissant d'expression aformelle.

La troisième œuvre de Van Saltbommel prend place dans une vitrine du musée, sans toucher l'objet muséal qui s'y trouve. Au pied d'une descente de croix attribuée au sculpteur Nicolas Lecreux (porcelaine de Tournai, vers 1765-70) sont amoncelés quelques dizaines d'épines ou cornes : les éléments d'une installation autonome. Entre animal et végétal, ces éléments couleur cendre amplifient la terreur de la scène figée dans le biscuit de porcelaine blanche. Que l'on y perçoive les clous de la passion où les épines de la couronne du Christ, ceux-ci subliment l'essence tragique de la scène et son contenu apotropaïque et expiatoire. La noirceur morbide contraste puissamment avec la blancheur immaculée du biscuit de porcelaine de Tournai. Avec une telle association, Sofi Van Saltbommel nous donne à relire une œuvre et surtout à ressentir à l'extrême la Passion. Elle nous permet de comprendre la réalité profonde d'une œuvre d'art ancien sortie de son contexte pour être enfermée dans son statut d'objet décoratif.

Quelques pièces exposées

Photographies de M. Lechien et portrait de Bernard Boccara