Didier Toulemonde s'expose

Spontanéité et sincérité sont les premières qualités du travail de Didier Toulemonde (né Marcq-en-Barœul en 1945). Cet élève d'Émile Desmedt à l'Académie des Beaux-Arts de Tournai puise dans la céramique une énergie vitale qui se manifeste clairement dans son travail. La céramique est apparue dans sa vie comme une comparse inattendue. Les deux ensembles d'œuvres présentées en témoignent déjà par leurs dénominations : une série de formes tournées, « Souffles de grès » et une série de sculptures, « Articulations ». Son rapport à la terre relève de la relation de deux êtres complices.

Didier Toulemonde

Les petites pièces, créées entre 2009 et aujourd'hui, ont été tournées puis gonflées et déformées volontairement à cru en soufflant à l'intérieur. Ce geste est éminemment symbolique puisqu'en agissant ainsi, Toulemonde crée une nouvelle alliance avec la terre, ajoutant à la phase aléatoire de la cuisson, l'approximative réponse préalable de la terre à son propre souffle vital. Cet acte à forte connotation symbolique renvoie à de nombreuses mythologies antiques ou archaïques essentielles dans l'histoire de la céramique. Dans l'Egypte ancienne par exemple, un dieu de l'humidité, Tefnout, côtoie le souffle divin Chou. Tous deux ont été créés par Atoum, le soleil, lui-même engendré de Noun, l'océan premier, concentrant matière et esprit. Chou produisit la séparation du ciel (Nout) et de la terre (Geb). Dans ce même horizon symbolique, la terre est associée au corps et le souffle au mental, à « l'humeur ». L'idée du souffle de vie est bien-entendu universel, reste qu'au-delà de toute spéculation préalable, Toulemonde lui confère une réalité concrète.

Les autres formes présentées sont obtenues par superposition de coupes tournées (« Articulations »), assemblées avant cuisson. Ces sculptures très étranges, tantôt dressées fièrement, tantôt courbées, entre équilibre et chute, se doivent d'être montrées en groupe. La solitude leur sied très mal. Ici, c'est la tension de la superposition qui crée un mouvement à proprement parler anthropomorphique.

Les « pots » de Toulemonde sont simplement des « œuvres ouvertes » (Umberto Ecco, 1962). Des œuvres qui sont conçues pour le dialogue et qui  d'ailleurs incitent à l'établissement d'une communication avec leur spectateur. Celui-ci cherchera à comprendre la tension interne qui continue à habiter de telles formes après la cuisson, jaugera leurs légitimes imperfections, caressera leur émail brut gestuel et primitif. Faites pour communiquer autour d'une passion, d'une quête de sens, les œuvres de Toulemonde nous émeuvent au premier regard et c'est là l'essentiel.

 

Photographies de M. Lechien et portrait de Bernard Boccara