Bean Finneran s'expose

Bean Finneran vit près de San Francisco sur les berges d'un marais salant, en pleine nature. Cette précision est importante pour la compréhension de son œuvre. Celle-ci est pensée et conçue en permanence devant le spectacle immuable et pourtant à chaque instant si changeant de la nature.

Bean Finneran, par son travail, nous révèle cette nature qu'elle aime. Mais il faut être clair, elle ne cherche pas à l'imiter. Ses œuvres sont volontairement abstraites. Ce que Bean Finneran nous donne à voir est une recomposition à partir d'éléments observés qui relèvent des principes fondamentaux de la vie et non de son aspect extérieur. La représentation de la nature au travers de paysages telle qu'elle est pratiquée par l'homme – depuis des siècles d'activité artistique – n'intéresse pas Bean Finneran.

L'observation privilégiée de la nature lui a permis, derrière l'apparent désordre du spectacle qu'offre la vie, de percevoir des forces et principes immuables. La matière vivante, organique, est une construction constituée d'éléments – toujours les mêmes – assemblés pour une durée plus ou moins limitée. Transposés symboliquement, ces derniers deviennent autant de signes réunis et organisés. Des signes formés d'une même entité de base : un colombin de terre auquel la cuisson donne une forme aléatoire, curviligne. Ces forces et principes inhérents à la nature, Bean Finneran les intègre dans son processus de création et les rend volontairement perceptibles dans l'œuvre finie par un apparent désordre dont se dégage malgré tout une impression d'équilibre.

Son expérience sensible de la nature, Bean Finneran souhaite la partager au travers des lieux que sont les galeries et les musées qui l'exposent. Des sites qui se trouvent en milieu urbain dans des espaces limités qui sont donc, par essence, à l'opposé des espaces ouverts et illimités de la nature où la présence humaine est forcément sporadique. Ce choix est calculé, stratégique même. Les éléments prélevés – mentalement – dans la nature y sont finalement simplement transposés. La céramique, les pigments utilisés et le temps de l'installation sont le véhicule des impressions sensorielles vécues par Bean Finneran (...). Son œuvre a quelque chose à voir avec le Land art dont elle se détache pourtant. Elle en retient les principes de base mais les détourne à sa convenance. Le recours à des matériaux bruts, à des gestes simples voire primitifs – l'accumulation –, enracine ses interventions dans une vision romantique de la vie proche de la nature.

Yves Peltier – curateur, spécialiste de la céramique d'art contemporain

Lorsqu'il s'est agi  de présenter une œuvre qui questionne et détourne le lieu où elle se trouve, j'ai immédiatement songé à l'installation Red Curves de Bean Finneran. La démarche de cette artiste américaine, céramiste en l'occurrence, allait permettre une nouvelle transformation d'un espace intime dévolu à la céramique contemporaine au cœur du Musée royal de Mariemont. Bien que rattachée au Land Art, par son usage de couleurs non naturelles et irradiantes, Bean Finneran n'appartient pas réellement à ce courant artistique. On la sent plus proche des Color Fields d'un Mark Rothko ou des sculptures abstraites d'Ellsworth Kelly ou d'Anish Kapoor. Il y a quelque chose d'universel dans sa manière d'allier formes, matières et couleurs pour questionner le lieu.  Le passage du naturel vers l'artificiel, de l'infini vers le limité, questionne notre faculté à ressentir l'espace.  L'architecture de Mariemont est faite de béton, de bois et de pierre bleue. Elle est posée sur un site naturel exceptionnel qui le traverse et qu'elle interroge. L'œuvre de Bean Finneran se fonde sur la mise en espace de milliers de tiges courbes en céramiques (curve) pour retrouver ce même type de contrepoint. L'attitude minimaliste vis-à-vis du matériau est singulière et authentique, preuve d'une connaissance intime de celui-ci comme medium. A chaque installation, l'œuvre s'adapte en transformant le lieu. Cette expérience est en quelque sorte une dérivation.

Ludovic Recchia– curateur, section Arts Industriels, Musée royal de Mariemont

 

Retrouvez le site de Bean Finneran

 

Installations Red Curves

Photographies M. Lechien et de Verneuil