Antonino Spoto s'expose

Homme de médecine, Antonino Spoto (né à Haine-Saint-Paul en 1953) est l'une des belles surprises de la céramique belge des ces dernières années. Successivement élève, entre 1995 et 2009, de Marc Feulien, Jean-Claude Legrand, Christian Mazy et Isabelle Almeida, des enseignants de l'Académie de Charleroi, il y a acquis un savoir-faire de haut niveau. Outre cette formation parmi les plus complètes en Communauté française, Spoto a perfectionné sa pratique du tournage dans l'atelier de son compatriote, le célèbre céramiste de Maredret, Antonio Lampecco.

Les formes de Spoto sont exclusivement tournées avec une perfection absolue. C'est uniquement la typologie tronconique ou hémisphérique du bol qui lui sert de point de départ formel. D'une œuvre à l'autre, il en varie le galbe et par là même l'expression. A de rares exceptions, ses bols sont couverts d'une surface lenticulaire, concave ou convexe, également tournée. Cette deuxième face est essentielle car elle ferme le volume et suggère son « intériorité ». Lorsque cette surface est percée de façon douce, apparaît un orifice qui accroche le regard. C'est un trou noir captivant et mélancolique comme le regard de l'artiste. Son rôle est essentiel, c'est une fenêtre sur le néant, une zone d'une infinie profondeur, une région obscure au centre d'un territoire où, cependant, l'optimisme triomphe. Ce point focal est crucial car il soutien la pertinence des effets chromatiques complexes qui constituent le second registre qui mérite un commentaire.

Spoto exploite la ligne de transition entre les deux plans fondamentaux du volume. Il offre un dialogue plastique soutenu par de savants contrastes de couleurs. Les engobes mats, roses, orangés, jaunes vifs, violacés ou bleus qu'il utilise sont saisissants d'intensité. Parfois, ils sont à ce point iridescents, qu'associés à une teinte plus foncée, ils rendent toute perception rationnelle des volumes difficile, voire impossible. Lorsque la panse d'un volume est émaillée en gris ou en noir, l'adjonction d'une couleur intense comme le jaune crée un effet d'irradiation. A l'inverse, lorsque c'est le plan extérieur qui est coloré, la forme se dilate globalement dans l'espace, ce qui contrarie la perception du galbe. Deux très grands bols - sculpturaux comme toutes les céramiques de Spoto – ont été engobés d'un orange aux accents flammés d'une grande intensité. Dans ce cas, sans commettre de faute de langage, Spoto s'écarte subtilement d'une couleur pure pour intensifier l'effet de vibration.

 

Ces associations de formes et de couleurs, bien plus complexes qu'il n'y paraît a priori, confèrent à l'œuvre de Spoto une originalité et une singularité indiscutables. Son traitement du dialogue entre volume extérieur et vide intérieur peut-être perçu à lui-seul comme une solution au cas plastique fondamental posé par la forme creuse. Problématique qui résume à elle-seule l'idée primitive de contenant en poterie. Spoto cherche à rendre concrète cette idée primordiale sans recours au décor ou à quelque artifice, d'une manière simple, efficace, et trompeusement convenue. Bien qu'on puisse le rattacher à la sphère des céramistes post minimalistes (pour reprendre l'expression de Mark Del Vecchio), comme Wouter Dam ou Pippin Drysdale par exemple, Spoto développe une œuvre dont l'intérêt dépasse de loin la sphère de la céramique.

 

Quelques pièces exposées

Photographies M. Lechien, portrait de Bernard Boccara