Philippe Barde

En 2005, Philippe Barde avait exposé «Tous pareils tous différents» au Musée royal de Mariemont. Il s’agit d’une série de rochers en porcelaine. Polygones creux, ouverts sur une face, ceux-ci nous apparaissent comme des énigmes formelles. L’ambigüité entre l’extérieur et l’intérieur, l’un et l’autre se confondant dans la blancheur de la matière, entre le poids réel et la représentation qu’on peut s’en faire, rend ses oeuvres très riches et complexes.

Dans ce nouveau projet, Philippe Barde a eu l’opportunité de travailler à partir des moules en plâtre d’un céramiste suisse important : Paul Bonifas (1893-1967). Actif à Paris dès 1920, Bonifas s’imprégna de l’atmosphère des arts décoratifs d’alors. Si ses céramiques sont marquées par ce que l’on a coutume d’appeler l’Art Déco, leur simplicité témoigne des relations qu’il a eu avec des plasticiens et architectes réunis au sein de la revue L’Esprit Nouveau, fondée par Le Corbusier et Amédée Ozenfant.

Les œuvres PB/PB, montrent que Barde continue, sans trahir ses idées, à exploiter une voie conceptuelle qui lui sied bien. Ici, il se centre volontairement sur l’idée de l’objet d’art contenue dans les formes initiales de Bonifas. En recomposant ou en isolant des parties, en tronquant les moules initiaux, il crée des formes intégralement neuves. Tout en paraissant nouvelles, celles-ci rappellent leurs modèles. C’est sans doute cette caractéristique qui les rend intéressantes. Un vase Philippe Barde à partir des moules de Paul Bonifas possède toujours sa réalité objectale du «bel objet». Le principal contrepoint esthétique apporté par Barde se situe au niveau du traitement plus brut, volontairement moins rigoureux, et la pose d’émaux parfois très expérimentaux. Il peut être simplement noir mat. Ils absorbent alors les reliefs et infractuosités (ce que ne ferait jamais une céramique Art Déco). Récemment, ils peuvent-être quasiment brûlés, fondus en gouttelettes, et contredisent radicalement l’expression formelle construite qui leur sert de modèle. Ici, ce n’est pas uniquement le nombre, la concentration qui compte mais le rapport intime qu’il installe entre l’individu et l’œuvre.

Pièces exposées

Photographies Nicolas Lieber et Philippe Barde