Jean-Gabriel Cruz expose pour Keramis

Jean-Gabriel Cruz met en relation des matériaux traditionnels et sa vision personnelle d'un monde contemporain devenu extrêmement complexe, fortement urbanisé et nourri d'influences multiculturelles fortes. Au travers d'œuvres très diverses, allant de la sculpture à l'installation, il détourne des techniques ancestrales telle la céramique pour formuler un discours résolument contemporain s'articulant autour de la pop culture, des mangas et de nos pratiques sportives actuelles.

Improbables télescopages formels entre des équipements sportifs, des éléments d'armures de samouraï et des camisoles de force, Jean-Gabriel Cruz met en évidence la violence savamment entretenue dans notre société contemporaine (les pratiques sportives l'illustrent parfaitement) et trop souvent à notre insu. Ces objets sont les reliquats accusateurs de nos comportements, de nos pratiques, de notre manière de concevoir les rapports aux autres.

Son approche de la céramique, pareille à celle d'un luthier, se concentre sur le souci du détail, la perfection des lignes et la musicalité de chaque pièce. C'est lors d'un séjour de six mois à Kyoto, au contact de céramistes japonais, que l'artiste a su parfaire sa technique.

Durant ses études, Jean-Gabriel suit des cours sur l'histoire de la psychanalyse et particulièrement sur Freud. La naissance de cette science se base sur l'observation du corps en tant que réceptacle de souffrances mentales et c'est autour de ces pensées qu'il construira ce travail: «membres tordus, corps recroquevillés et contraints, l'esprit souffre... ». Toute présence humaine y est stratégiquement escamotée et pourtant la référence à la matérialité du corps y est évidente. Ces objets nous disent notre absence d'humanité et le danger d'une destruction, d'un anéantissement total, tant moral que physique.

Si la céramique exprime tout à la fois la fragilité de par la matière et la résistance de par la forme, ces pièces censées être portées à même le corps traduisent une sécurité illusoire qui finit par emprisonner le porteur. Tout comme l'animal du Terrier de Kafka finit par être le propre prisonnier des installations destinées à le protéger de ses ennemis, ces armures esthétiques, et pourtant handicapantes, finissent par nier leur propre raison d'être en supprimant la liberté de leur utilisateur et finalement sa raison de vivre.

Yves SCHMID DORNBIERER

Oeuvres exposées

 

Photographies HEAD Genève/Baptiste Coulon.