Anciennes maisons ouvrières, et "Assiette brisée" de Lucile Soufflet

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Lorsque les frères Boch installent leur faïencerie sur le site de Keramis, ils font construire des dizaines de logements pour leurs travailleurs venus du Luxembourg. Il était appelé « quartiers des allemands » en raison des habitants qui le peuplaient; des faïenciers luxembourgeois ou sarrois, et par la suite des hollandais spécialisés dans le vieux Delft, qui vinrent rapidement s'y rajouter. Cet afflux soudain de personnes nécessita ensuite la création d'équipements collectifs (dont des églises et écoles).

dessin tiré de "Histoire et petite histoire de La Louvière 1", M. Huwé, F. Mengal, F. Liénaux, 1984, La Louvière, p.306

Victor Boch et sa femme logèrent dans ce quartier à leur arrivée à La Louvière et Anna et Eugène Boch y naquirent. Anna Boch nous conte cette arrivée en ces termes :

"Or donc, après le mémorable jour du mariage, nous accompagnons, en pensée, les deux jeunes voyageurs dans la grande patache de diligence se rendant à Kéramis.

Le maître faïencier y avait déjà établi une colonie d'ouvriers d'Echternach qui habitaient avec leurs femmes au « quartier », nom que l'on donnait à une rangée de petites maisons construites pour eux. Cela formait, avec la fabrique et notre maison, l'aspect d'un petit village au milieu d'un désert.

On lui a donné le nom de Kéramis, qui a été changé plus tard par l'introduction des chemins de fer, mais la commune se nommait Saint-Vast (sic), et c'est là, à une heure de distance, qu'il fallait aller à la messe, recourir au docteur et subvenir à tous les autres besoins d'un ménage.

On se figure le charme que devait éprouver une jeune femme dans un pays aussi désolé ; mais heureusement la lune de miel rend de grands services dans de telles circonstances et, sans le moindre murmure, la nouvelle petite dame se fit immédiatement présenter, à toutes ces braves femmes d'ouvriers, qui étaient ravies de l'entendre parler le patois luxembourgeois et qui lui donnèrent tout de suite leur affection" ("Souvenir d’une vie", imprimée en 1935 par F. Stofs, Bruxelles).

Depuis ces quelques dernières années, la localité s'était considérablement développée. "(...) La nécessité d'une église devenait donc tout à fait urgente et, grâce à notre famille, ce ne fut qu'un petit rêve accompli très rapidement" (il s'agit de l'église qui était situé sur la place Mansart, anciennement place du marché, pour laquelle Abel Warocqué et la famille Boch firent des dons en faveur). "(...) Autour de l'église, on construisit  des maisons et on établit un marché qui attirait les paysans des autres villages et, ainsi, la population augmenta rapidement".

Ils ne le quitteront pour La Closière que le 30 octobre 1862. Mais l'artiste en gardera un souvenir ému : "Enfin, nous étions malheureux et combien nous regrettions notre petite maison du village et tous nos chers amusements du jardin".

Ces petites maisons seront détruites en 1975 pour faire place à l'actuel bureau de poste.

Autre œuvre d’art public, une « Assiette Brisée » de Lucile Soufflet et Bernard Gigounon. Réalisée en métal émaillé, cette œuvre est directement inspirée par les productions Boch Keramis. L'assiette, par sa taille démesurée, témoigne de l'importance de Boch dans le passé industriel et économique de La Louvière. Brisée, à l'image de l'entreprise, elle invite néanmoins à laisser place à l'avenir et au renouveau de la ville.

En 2006 déjà, la designer Lucile Soufflet avait menée une réflexion sur l'histoire de l'entreprise. Avec ses tasses 'Lucile', elle avait adopté une attitude humble devant l'immense patrimoine formel sorti des fours de l'entreprise. Elle s'est plongée dans le stock de moules et en a sorti le corps élégant d'une tasse éditée en 1958 ainsi que huit anses ou prises de bonbonnières (oiseau, papillon) d'époques différentes.

Localisation : Rue Paul Leduc, 7100 La Louvière

Suite du parcours : Le Casino

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