Ernest d'Hossche

Entre 1950 et sa disparition en 1976, Ernest D’Hossche est le seul créatif de la faïencerie Boch Keramis à avoir mené une carrière artistique indépendante. Bien que ses créations pour Keramis nourrissent l’ensemble de son œuvre, il est le seul à s’être imposé comme un céramiste-sculpteur, se détachant de l’image traditionnelle du «maître potier » que véhiculaient ses prédécesseurs.

Dans les années 1950, la céramique européenne connaît un grand renouveau. De nombreux ateliers d’art indépendants se créent un peu partout en Belgique (La céramique de Dour, La Maîtrise de Nimy…). La démocratisation des petites unités de cuisson au gaz n’y est pas étrangère. D’Hossche possède un four à domicile ce qui lui permet de développer un travail plus personnel qu’il expose dans des galeries bruxelloises en vue comme les galeries Pierre Breughel (1952), Albert Ier (1959) ou Vanderborght (1963). Il est très attentif à l’actualité de la céramique et se laisse traverser par toute une série d’influences. Pablo Picasso, revisitant la faïence de Vallauris dans l’atelier Madoura, ou Roger Capron nourrissent manifestement l’esthétique de D’Hossche. C’est aussi la grande époque de la faïence colorée bientôt dépassée par le triomphe du grès sombre de Puisaye auquel D’Hossche portera aussi un intérêt.

En 1952, D’Hossche obtient le Prix du Hainaut. En 1954, il participe à l’exposition new-yorkaise «Belgian Craftsmanship of Today» avec quelques céramistes-sculpteurs contemporains importants comme Pierre Caille, Roger Duterme, Jack Jefferys, Joost Marechal, Olivier Strebelle ou Max Vanderlinden. En 1954, il obtient une médaille d’or à l’Exposition internationale de céramique moderne de Cannes. En 1957, il crée la composition murale Les richesses du Hainaut (Gare de La Louvière Centre). En 1959, il compte parmi les invités d’une des plus importantes expositions de céramique d’après-guerre en Belgique organisée au Musée des Beaux-Arts d’Ostende («La céramique contemporaine») et qui rassemble des figures de proue de la céramique mondiale.

Radicalement différente des créations de Chevallier pourtant contemporaines, ces œuvres sont plus proche de l’esthétique joyeuse de cette période durant laquelle les pays européens se relèvent de la guerre. De tels  objets étaient édités à quelques petites dizaines d’exemplaires tout au plus selon la demande. Pour ce type de création en série, bien qu’il façonnait parfois des prototypes, le plus souvent, D’Hossche dessinait des projets que ses collaborateurs exécutaient. D’Hossche disposait aussi d’un tourneur qui exécutait certaines formes qui n’étaient pas coulées. Quelque soit la méthode choisie, certains effets décoratifs ne pouvaient être obtenus qu’en travaillant sur la pièce à cru. Les variations de décor étaient donc nombreuses sur certains modèles. L’atelier produira, en plus grandes séries, des petits objets de fantaisie: bonbonnières, cendriers, petits vases de table et des figurines.

En 1961, l’atelier d’art d’Ernest D’Hossche, rebaptisé «Studio d’Art La Louve» décline une série de 11 objets de fantaisie (cruches, vases, plats à fruits) selon plusieurs décors (Tolède, Danube, San Remo) dont le nombre exact n’est pas connu.

D’Hossche ne parvient pas à convaincre la direction sur ses choix. Après quelques tentatives de ce genre (série Mogador en 1964), le studio d’art est fermé en 1969, D’Hossche devient contremaître de l’atelier de décoration. Il part à la retraite en 1976 après des dernières années assez difficiles.